ROME

La ville éternelle est sans conteste l'agglomération dont l'histoire antique est la mieux connue. Ce fut sur 7 siècles, des origines à notre ère, le théâtre d'une organisation empirique bien caractérisée mais également désordonnée. C'est donc le meilleur sujet d'analyse qui nous est offert.

LE SITE

Après avoir contourné par un vaste méandre le marais de la Chèvre et déposé ses alluvions sur les berges du Trastévère, le Tibre aborde un haut fond situé à la base de la colline du Capitole. Face à cet obstacle son cours s'accélère et se sépare en deux bras distincts pour former l'île Tibérine, c'est le dernier rapide qu'il rencontre avant de couler paresseusement vers la mer. Aujourd'hui resserré par la stabilisation de ses berges sur sa rive droite le courant est devenu infranchissable mais, à l'origine, le haut fond constituait un gué favorable pour tous les voyageurs longeant la côte. D'autre part, l'obstacle ainsi formé limitait la remontée des navires de mer et gênait la descente des bateaux de rivière. C'était donc un point de rupture de charges, un lieu d'échanges et de commerce prédestiné. Enfin, le sel, denrée éminemment précieuse se récoltait en grande quantité sur les bords de mer, au nord d'Ostie, puis gagnait l'intérieur du pays par la voie fluviale ou par une route terrestre qui a conservé son titre, la via Salaria. Elle aussi passait au pied du Capitole. Les maîtres de cette colline pouvaient donc contrôler, voire taxer, des échanges réguliers sur l'espace qui deviendra le forum ainsi qu'un important trafic fluvial et routier. C'était une position stratégique excellente pour une troupe de cavaliers batailleurs et avides comme l'étaient sans doute les Latins qui vont l'occuper vers le 780/760 AV. J-C. L'avenir confirmera l'excellence de leur choix.

LES POPULATIONS ITALIQUES

C'est un vaste sujet secoué de controverses nombreuses et passionnées. Notre approche par les textes peut se résumer ainsi. Les Latins se considéraient comme des étrangers dans le pays. En s'installant sur le Capitole, ils s'opposent aux Sabins qui occupent de longue date les collines de la rive sud du fleuve. Parallèlement, de forts contingents s'installent dans le vaste domaine agricole qui se situe plus au nord et, là, ils s'opposent à de vieilles cités fortes régnant sur de petits royaumes. Pour les nouveaux venus ce sont les Étrusques. D'autre part, les archéologues ont découvert à proximité des villes côtières de Tarquinia et de Cerveteri une brillante civilisation qui entretenait de nombreux contacts avec le monde Égéen, elle est également dite Étrusque. Ces informations ne nous permettent pas une synthèse satisfaisante, il semble donc que les textes nous mènent à une impasse.

L'analyse selon le contexte nous donne une vision plus large mais pas nécessairement plus précise. Si nous visitons attentivement les musées de l'intérieur du pays Étrusque, comme celui très riche d'Orvieto, nous voyons au fil des salles que le pays fut occupé sans discontinuité apparente depuis le néolithique et que la civilisation du bronze récente (1600/1100) y fut particulièrement florissante. Nous trouvons des acropoles entourées de murailles en appareil cyclopéen qui s'apparentent fortement à ceux de Mycènes et les spécialistes du début de siècle ont tant brodé sur cette civilisation égéenne, découverte par Schliemann, que toute révision risque d'être déchirante. Si l'on dégageait entièrement la citadelle haute de Spolète nous pourrions mettre à jour une cité très proche de celle découverte en Argolide.

Ces gens qui se sont installés en conquérants puis en dominateurs sur des sites puissamment fortifiés, sont-ils déjà les Étrusques? C'est probable mais alors qui étaient les occupants du Bronze Ancien, -3.000/-2.000, qu'ils ont apparemment dominés. Plus l'analyse s'élargit, plus le mystère s'épaissit mais une absence d'informations ne doit pas condamner la réflexion. Nous proposons l'hypothèse suivante.

UNE HYPOTHESE CADRE

Sur la longue période néolithique, la péninsule est occupée par une population pastorale dont les troupeaux sont majoritairement constitués de chèvres et de moutons. Nous avons peut-être là une frange méridionale des populations pré-celtiques dont J. Soustelle pensait retrouver la survivance sur le chaînon montagneux Centre-Europe. Une salle du Musée de l'Homme était alors réservée à ce sujet d'étude. Les castros de Galice constituent sans doute un bon modèle pour leur habitat et certaines découvertes archéologiques faites autour de Rome, confirment l'hypothèse.

Dès l'Age du Bronze, une population pastorale exploitant exclusivement des troupeaux de bovidés sature les grands espaces septentrionaux par son mode de stabulation libre. Bon nombre d'émigrants partent alors vers le sud et des groupes s'installent sur les bonnes terres de l'Italie centrale, c'est la province qui deviendra l'Étrurie. Si l'on écoute les Latins, les Sabins seraient issus de cette occupation devenue majoritaire dès la fin du 3ème millénaire.

Au Bronze Récent, 1600/1400 Av. J-C, une nouvelle vague d'émigrants se présente en Italie Centrale. Ils viennent du nord et leurs coutumes s'apparente encore aux mœurs celtiques mais leur organisation sociale est beaucoup plus élaborée. Nous dirons qu'ils sont passés de la stabulation libre à la polyculture avec organisation du terroir et fixation d'un centre politique. Ils s'articulent en grandes tribus et construisent une citadelle au centre de leur domaine. C'est un système qui favorise le commerce et l'artisanat. De vastes agglomérations se développent au pied des oppidum et, rapidement, ce système s'étend du centre de la péninsule aux plaines de l'Italie du nord. Sans doute ont-ils des attaches avec les populations des vallées alpines.

Ce sont apparemment des gens très frustres, sans culture, sans raffinement mais fort bien organisés sur le plan politique et militaire et nous avons là des traits que l'on retrouve chez les Mycéniens. Certains sont venus en famille d'autres en célibataire et les unions avec les populations locales sont nombreuses. Au fil des générations les caractères vont s'estomper mais les acquis socio-économiques demeurent et les castes dirigeantes semblent maintenir leurs prérogatives. Tout se passe comme s'il s'agissait de la même ethnie mais avec des niveaux de civilisation très différents. Les premiers occupants d'abord soumis ont tôt fait de s'intégrer dans les nouvelles structures plus satisfaisantes.

C'est ce contexte que rencontrent les Latins, les arrivants de la dernière vague. Avec eux, coutumes et modes d'exploitation agricoles sont bien différents. Ce sont des laboureurs. Ils refusent le partage du patrimoine qui demeure celui de la famille mais cette dernière doit se soumettre à l'aîné, avec cependant quelques prérogatives particulières réservées au patriarche dont la charge sera projetée sur le Sénateur. Enfin, ces gens se méfient quasi viscéralement des pouvoirs héréditaires et des troupes permanentes. Face au danger, ils ont recours à des levées de combattants qui se font dans le cadre des familles, au sein des tribus. Les jeunes recrues sont confiées à des hommes expérimentés, les Centurions, qui en assurent une comptabilité rigoureuse. Cependant la poussée démographique engendre des cadets sans avoir qui vont chercher fortune. Ce sont des cavaliers de cette nature qui occupent la hauteur du Capitole, vers 780/760 Av. J-C. L'environnement immédiat n'est pas idéal pour l'agriculture, les terres céréalières sont rares mais le lieu constitue une position stratégique de première importance.

LES ORIGINES DE LA CITE

Les arrivants, peu nombreux et qui se heurtent à un environnement hostile, s'organisent en cellule féodale et se révèlent plus combatifs que besogneux mais leur position est en avant-garde. Les querelles de famille fermentent au sein de cette petite communauté en situation précaire et deux enfants illégitimes sont rejetés puis déposés à 400m des murs de la citadelle, près d'une source, à la base du Palatin. Le lieu est fréquenté par des Sabins qui recueillent Remus et Romulus et les élèvent dans la haine de leur famille d'origine; l'esprit du loup sommeille en eux. A l'âge adulte, ils rêvent de revanche, organisent une troupe et occupent de force l'oppidum qu'ils considèrent comme leur héritage légitime. Mais, pour fixer un pouvoir héréditaire stable, une monarchie, l'un des deux doit disparaître. Romulus, le survivant, sera le premier roi du Capitole, l'histoire de Rome peut commencer.

La ville qui deviendra maîtresse du monde antique va se développer dans le plus grand désordre. C'est la forme la plus chaotique de l'urbanisme empirique et sans doute faut-il trouver là une excellente raison pour que les maîtres de la cité développent et imposent ultérieurement des programmes les plus rigoureux dans les villes fondées par la République et l'Empire.


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L'année 753 donnée pour la fondation de Rome fut longtemps jugée légendaire mais l'analyse archéologique nous permet de la considérer comme parfaitement plausible, cependant ce ne fut qu'une date remarquable dans la vie d'une petite communauté installée sur le site depuis un certain temps. Nous proposerons le résumé suivant.

Vers 830/800 av. J-C, une troupe de 100 à 200 cavaliers arrive sur le site. Ils se comportent en maître et s'attirent l'hostilité des populations sabines environnantes. Les cavaliers et leurs familles aménagent le Capitule en habitat fermé dont ils organisent la défense et construisent un premier temple sur l'éperon dominant l'île Tibérine. Deux générations plus tard, l'espace se révèle insuffisant pour une bonne exploitation agricole. Les troupeaux sont installés sur les hauteurs du Quirinal et du Viminal, tandis qu'une levée de terre (lagger) protège l'espace. La communauté compte maintenant 6 à 800 personnes et 1.000 à 2.000 têtes de bétail et exploite environ 2 à 3.000 ha de terres et de pâturages pris aux Sabins. Ces derniers se jugent spoliés et les heurts sont nombreux mais les nouveaux venus sont militairement bien organisés et disposent d'une force de cavalerie relativement puissante dans le contexte militaire environnant. Les éleveurs sabins finissent par accepter les intrus, d'autant que ces derniers qui manquent de femmes épousent souvent des Sabines. Une ligne de partage X, X', s'instaure et chacun s'emploie à supporter l'autre. Mais les Latins sont insatiables. Ils veulent également contrôler et taxer la route du sel, ainsi que les grandes foires aux bestiaux qui se tiennent périodiquement dans la dépression au pied du Capitule. Les Sabins ne sont pas de taille à s'opposer à leurs voisins mais ils sont politiquement dépendant d'Alba, une puissante cité forte qui s'ingénie à dresser les populations sabines contre les nouveaux venus. La ligne de partage deviendra lieu d'affrontement. Entre temps, le Capitole a été théâtre d'un événement mineur qui va prendre des proportions historiques considérables. Deux bâtards, Remus et Romulus, sans doute enfantés par une concubine venue du pays sabin, font ombrage aux héritiers légitimes. Ils sont déposés au pied du Palatin, à proximité d'une source exploitée par les Sabins. Une fois adulte, ils rêvent de revanche, rassemblent une troupe, s'emparent du Capitole puis s'affrontent. Le survivant, Romulus, qui veut assurer la situation de ses descendants se fait couronner roi en 753.


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La monarchie qui règne maintenant sur le Capitole fixe son domaine et envenime ainsi la querelle soutenue contre la cité voisine d'Alba. Nous sommes maintenant dans la phase des péripéties historiques. Aller chercher une femme chez les Sabins justifie maintenant une opération organisée (L'enlèvement des Sabines). Les Horaces et les Curiaces tentent de mettre un terme aux guerres épuisantes que se livrent les deux cités, mais Alba succombe vers 600 sous le règne de Tarquin l'Ancien (616-578). A cette époque, les engagements se sont déplacés vers le sud et les villages sabins qui font face au Capitole sont totalement soumis. Le marché aux bestiaux installé périodiquement dans la dépression séparant le Capitole du Palatin s'est grandement développé. Ses activités attirent bon nombre d'artisans et de commerçants qui se fixent à demeure: ce sera l'emplacement du forum.
Après la victoire sur Alba, Tarquin l'Ancien peut se consacrer à l'aménagement de cette place de marché dont la renommée grandit. Entre les boutiques qui se pressent au pied du Palatin, le Vicus Tuscus (A) et celles qui se sont installées au pied du Capitole, le Vicus Jugarius (B), s'étend toujours une prairie mal stabilisée où les troupeaux se rassemblent les jours de marché. Le petit rû, le Spinon, (C) qui traverse cette dépression se manifeste souvent à la saison hivernale. Il faut le canaliser avec deux digues et les abords remblayés deviennent exploitables. Les 5 ha stabilisés seront décomposés en deux espaces distincts, l'un de 3 ha environ situé côté Tibre demeure réservé au bétail tandis que la partie nord-est, environ 2ha, devient une esplanade destinée aux marchands ambulants. Ce vaste marché se trouve maintenant bordé par les rues principales des Vicus Tuscus et Jugarius dont les constructions côté forum ont sans doute été détruites.
Sous le règne de Servius Tullius, (578/534), le pouvoir économique de la cité marchande s'étend sur toute une province, et villes et villages assujettis donnent maintenant un nom à leur métropole: Rome. A cette époque, le pouvoir royal fait consigner par ses scribes les origines de la cité qui, dans l'esprit du chroniqueur, se confond avec celui de la famille royale. La fondation est volontairement tenue pour légendaire afin de glorifier les deux bâtards. Cette prospérité économique tourne la tête à Tarquin le Superbe qui entreprend de somptueux travaux. Il fait réaliser l'énorme Jupiter Capitolin (E) et transforme la vieille citadelle (F) en Palais Royal. Les charges ainsi imposées exaspèrent les bourgeois de la ville basse et l'idée d'un pouvoir démocratique germe dans les esprits. La population qui compte maintenant 14 à 16.000 habitants entretient d'étroites relations commerciales avec la province environnante et trouve facilement les moyens de renverser le tyran: c'est la naissance de la République, la fin de la première époque.


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Sur les deux siècles qui vont de l'aménagement du Forum au sac de la cité par les Gaulois, soit 580/380, Rome forge sa puissance économique et confirme son statut de métropole provinciale. Après saturation des petites vallées qui rayonnent à partir du Forum, les programmes d'urbanisation s'attaquent aux plateaux environnants. Le Palatin fut sans doute le premier à perdre ses caractères sabins, les petites exploitations rurales et les enclos à bestiaux laissent place à des ateliers et des logements de caractères citadins. Ensuite, ce sont l'Avantin, le Caelius et l'Esquilin qui sont livrés aux promoteurs du temps par contre, sur le Viminal et sur tout le Quirinal la propriété ne change pas de mains. C'est le domaine des notables et de la caste équestre où la nouvelle urbanisation porte sur de grandes villas résidentielles. La ville passe ainsi d'une superficie de 75ha et 12 à 15.000 personnes en urbanisation large à 250/300 ha et 75.000 habitants. Maintenant, seules les collines demeurent en urbanisation large avec de petits immeubles de façade, vastes cours et jardins dans les quartiers périphériques. Par contre, les zones centrales se saturent et la densité de population dépasse maintenant 300 habitants à l'hectare. La quasi totalité des temples et monuments officiels de cette époque se trouve toujours dans la ville basse. C'est une agglomération totalement ouverte, sans aucun souci de défense. Si menace il y a, elle sera affrontée en rase campagne. Cette ville importante doit également pourvoir à ses infrastructures. Le port de mer naturellement situé en aval du haut fond de l'île Tibérine se développe au pied de l'Avantin, tandis que les embarcations de rivière abordent au pied du Capitole où s'est fixé le marché aux herbes. Là se traitent également les produits fermiers.

Certes les populations environnantes, latines et étrusques commercent volontiers avec cette grande cité qui bénéficie d'une position centrale et contrôle les liaisons entre la navigation fluviale et maritime mais les attitudes et comportements du Sénat romain sont parfois jugés insupportables. Enfin, aux querelles d'intérêt économique s'ajoutent des heurts idéologiques entre l'esprit républicain qui conçoit les peuples comme une nation et certaines cités qui entendent gérer leur province. A la moindre fracture politique, les relations économiques se sclérosent et Rome voit grandir le spectre de la famine. Certes la ville qui dispose du port de mer le plus pratique de la côte et s'est dotée d'une petite flotte peut, par cabotage, s'approvisionner en grains auprès des commerçants grecs de Putéoli, mais le marché n'est pas régulier et la navigation hivernale est toujours jugée dangereuse. La volonté profonde de Rome est de transformer ses avantages économiques en domination politique mais, avant, la ville sera détruite par les Gaulois, vers 388.


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Vers 388, des bandes de Gaulois venues de la Gaule cisalpine pillent et brûlent Rome, seule la citadelle du Capitole résiste. La ville sera très rapidement reconstruite puis cernée d'un mur de défense commencé vers 380 (il est dit à tort mur de Servius Tullius). L'ouvrage va défendre 400 ha mais également étouffer l'agglomération pour une longue période. C'est une ville forte. L'ensemble portuaire ainsi que le marché aux herbes demeure hors les murs.


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Selon notre hypothèse, les Latins arrivés en Italie centrale, vers 850/800, sont peu nombreux, 100.000 environ, ils s'installent par petits groupes sur les terres du littoral et pratiquent la mise en culture. Cette production céréalière leur assure un rapide développement démographique face à des populations d'éleveurs dont le nombre demeure stable. Vers 400, ils sont 700.000 à 800.000 très diversement répartis entre le cours de l'Arno et la baie de Naples. Nous trouvons là 800.000 à 900.000 ha de bonnes terres dont 300.000 labourés. Avec un rendement moyen net de 10 quintaux à l'hectare, le domaine offre un bon kilog de pain par individu et par jour.
La situation politique de ces gens varie selon les régions. Au sud de Rome, l'absence de site historique d'importance leur a permis d'imposer leur propre structure politique; c'est le Latium. Par contre, au nord, où ils cohabitent harmonieusement avec les éleveurs des hautes terres, ces Latins d'origine demeurent sous la domination des vieilles cités étrusques politiquement intransigeantes et bien décidées à affronter Rome, comme le fit Veies en 396. La ville résista 11 années avant de tomber. L'invasion gauloise qui détruit Rome, vers 388, retarde pour un temps les conquêtes républicaines mais la ville reprend son expansion vers 375 et s'engage simultanément sur le front nord et sud.
En Etrurie, les agriculteurs sont partisans du rattachement politique. Les commerçants seraient également favorables aux grands marchés qui pourraient s'instaurer dans une Etrurie unifiée, d'autant que la République leur accorderait des prérogatives politiques que l'aristocratie locale leur refuse. C'est un contexte qui appelle une judicieuse combinaison des actions diplomatiques et militaires. Les régions rurales qui se rallient après négociations sont occupées sans heurts et les villes se sentent peu à peu isolées. Certaines préfèrent négocier et abandonnent à Rome les prérogatives militaires et politiques d'ensemble en échange d'une autonomie communale. D'autres veulent résister mais conviennent bien vite que leur destin est déjà celle.
Afin de confirmer son caractère de métropole, Rome aménage un réseau de voies rayonnantes vers le nord. Ouverte en 240, la via Aurélia longe le littoral, la via Flaminia, ouverte en 220, dessert Spolète, traverse les Apennins et joint Fanum Fortunae sur l'Adriatique. La voie Salaria pratiquée de longue date se voit confirmée et joint l'Adriatique à Firnum. Enfin, la voie Cassia joint Arezzo puis oblique vers Florence. L'emprise politique et militaire de Rome qui s'appuie sur une infrastructure routière, une économie libérale et une monnaie stable progresse irrésistiblement.


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Vers 700 avant J-C, à l'époque où la petite bande de cavaliers batailleurs installée sur le Capitole et sur les hauteurs voisines du Quirinal et du Viminal tente de dominer les populations environnantes afin de donner à leur cité l'assiette économique nécessaire, Létrurie voisine a depuis longtemps achevé sa structuration socio politique. Chacune des petites "principautés" du pays se trouve coiffée par une cité métropole installée de longue date. A Spoléte la citadelle (A) qui occupe le promontoire dominant les vallées de la Tessina et du Tessino se trouve cernée par une puissante défense en appareil cyclopéen polygonal (B) de caractère mycénien. Nous pouvons imaginer là un espace de repli aménagé lors de fa période trouble que connaît le Bassin Méditerranéen vers 1500/1300 avant J-C. Ensuite la ville reprend son développement et, vers 800/600 avant J-C, elle se dote d'une nouvelle enceinte basse (C) récemment mise à jour en (D). Nous n'avons pas découvert trace d'un maillage urbain rationnel datant de l'époque romaine, mais certaines rues contemporaines (E,F,G) pourraient correspondre à l'impact d'une ville aménagée dans la plaine (H). Après une phase de repli au Bas-Empire, la cité reprend son expansion limitée au Moyen-Age par une enceinte large (J).


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Au termps de la fondation de Rome, Arezzo comme Spoléte, constitue la métropole d'une petite principauté de la riche Etrurie. L'articulation d'ensemble est fort semblable. Nous trouvons au nord un espace dominant constitué en citadelle (A) mais les énormes terrassements effectués lors du bastionnage de la Renaissance nous ont sans doute privés de tout témoignage archéologique. Pour cette surface de 140 X 450m, nous pouvons également penser à un site de repli fortifié du llème millénaire. Sur les six à sept siècles qui vont suivre, la ville artisanale et commerçante se développe harmonieusement sur les pentes sud en respectant les étapes concentriques (B puis C). A l'époque romaine, et sans doute au siècle d'Auguste, l'agglomération étrusque se double d'une ville basse avec maillage régulier commandé par un decumanus (D) et un cardo (E). Le decumanus ci sa parallèle de gauche pénètrent dans la ville étrusque (F,G), leur tracé subsiste dans l'agglomération moderne. Cette cité romaine doit réguler le cours d'eau (H) qui desservait les installations artisanales établies hors la muraille. Elle se dote d'un amphithéâtre (J) tandis que la vieille ville semble porter les traces d'un théâtre (K). Dès le Bas-Empire la population se replie sur la hauteur et les chrétiens installent leur cathédrale (L) sur la citadelle, ensuite l'expansion reprend et sera limitée, 1000 ans plus tard, par la muraille du Moyen Age (M). Arezzo, Spoléte, deux visages différents fixés par les vicissitudes de l'Histoire mais une destinée identique.